C'est l'amer Michel qui a perdu son charme !

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Les particules élémentaires

 5,5 / 10
 Festival Transamériques 2014



Bonjour à tous,

Lorsque j’ai lu Les particules élémentaires à sa sortie, en 1998, le choc a été violent.

Quoiqu’on puisse penser des qualités stylistiques de Michel Houellebecq, et je n’en pense pas nécessairement le plus grand bien, on ne peut pas nier qu’une nouvelle voix originale et dérangeante a alors fait irruption dans le paysage littéraire francophone contemporain.

Pour ceux qui s’intéressent au sujet, on trouve des analyses aussi divergentes que celle de Reynald Lahanque (un spécialiste d’Aragon, ceci expliquant peut-être cela) dans Houellebecq ou la platitude comme style, plutôt à charge, et celle de Dominique Noguez (un auteur iconoclaste farouche défenseur de la langue française dans La Colonisation douce qui porte comme dédicace — tout un programme — « À Gaston Miron et à nos frères du Québec ; aux francophones de l’an 3000 ») dans Le style de Michel Houellebecq, plutôt à décharge ; en bref, l’homme suscite des polémiques, même sur son (absence de) style, et ça, finalement, ce n’est déjà pas si mal.


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© Julien Gosselin

Originale et dérangeante, disais-je, eh bien pour moi, il s’agit là, incontestablement, de l’un des critères de la « bonne » littérature. Georges Braque explique, par exemple, que l’art doit faire réagir, déranger et il oppose, dans ce cadre, l’art à la science. Être dérangé, c’est être en permanence dans un état d’inquiétude ou plutôt n’être jamais rassuré et plein de certitudes. L’art provoque en nous forçant à voir ce que l’on refuserait de voir par ailleurs, la violence, par exemple, dans Guernica de Pablo Picasso (à voir absolument le film remarquable de Clouzot Le mystère Picasso), ou en inventant des points de vue irréels. Il dérange également en échappant parfois à toute compréhension ou grille de lecture. La science rassure parce qu’elle propose des explications à des choses qui, a priori, nous semblent incompréhensibles, elle dissout le mystère et l’angoisse. De fait, l’art n’est pas explicatif, il nous plonge au contraire dans l’inconnu, voire dans l’inexplicable (c’est aussi ce qu’exprime Maurice Merleau-Ponty dans L’œil et l’esprit en indiquant : « La science manipule les choses et renonce à les habiter. »). Je trouve ce regard de Braque sur l’art tout à fait en résonance avec l’œuvre houellebecquienne.


Georges Braque - Le Jour

Georges Braque — Le jour (1929)


Désabusé, amer, parfois acerbe voire cynique, Houellebecq pose, dans un langage cru acéré comme un scalpel, un regard d’entomologiste sur la société française — regard qui s’applique certainement à l’ensemble de nos sociétés occidentales avec des variantes ici et là — et offre une analyse sociologique à mon sens particulièrement brillante et novatrice de ses déterminants et de ses tendances plus particulièrement envisagées sous l’angle de la sexualité, l’idée de base sur laquelle s’articule le roman étant que l’humanité a atteint une forme d’apogée — dans le bien comme dans le mal — dans un XXe siècle marqué par un accroissement de la misère et de la compétition sexuelles, par la désespérance et par un déficit généralisé d’amour ainsi que par la chute du monde occidental et par une société individualiste et ultra compétitive paradoxalement née de la libération sexuelle soixante-huitarde, et qu’elle ne pourra survivre que dans une évolution post humaniste rendue possible par le progrès technologique, en particulier par le clonage.


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Pablo Picasso — Guernica (1937)


Je voudrais ici insister sur le fait que si je ne partage pas, loin de là, toutes les analyses de Houellebecq, je les trouve particulièrement bienvenues et stimulantes. Bien entendu, Houellebecq n’est pas sociologue, mais bien poète et auteur de romans, et ses « analyses » ne sont que des fulgurances d’artiste — à l’image de celle d’un Stendhal par exemple —, ce que de nombreux « pisse-vinaigre », fesse-mathieux gardiens autoproclamés du temple de la bien-pensance, de la pensée unique, d’une littérature conventionnelle (de préférence psychologisante à souhait — XIXe siècle — ou « engagée » — XXe siècle) sentant bon la naphtaline et d’une pensée sèche et étriquée, n’ont d’ailleurs pas manqué, avec une bonne dose de mauvaise foi, de lui reprocher.


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Braque — Violon et chandelier (1910)


Avant d’en venir à l’adaptation théâtrale du roman proposée par Julien Gosselin, une adaptation qui se veut fidèle (contrairement au film allemand éponyme d’Oskar Roehler mettant en vedette le très convaincant Moritz Bleibtreu dans le rôle de Bruno qui y occupe une place centrale, par ailleurs remarquable), et qui, dans une certaine mesure, l’est, voici un résumé de la matière des Particules élémentaires :

Le récit, organisé en triptyque, se déroule entre le 1er juillet 1998 et le 27 mars 2009, et raconte, en alternance, la vie de deux demi-frères, Bruno et Michel, nés à la fin des années cinquante, que les hasards de la vie mettent à un moment donné en relation.

Leur mère, Janine, a vécu à fond les idéaux de la société permissive. Née en 1928, elle grandit en Algérie où son père est venu travailler comme ingénieur. Elle se rend à Paris pour terminer ses études ; elle danse le bebop avec Jean-Paul Sartre qu’elle trouve remarquablement laid ; elle, est une femme superbe qui multiplie les aventures amoureuses ; elle se marie avec un jeune chirurgien viril, Serge Clément, qui a fait fortune dans le domaine relativement nouveau à l’époque de la chirurgie plastique qu’il a découverte lors d’un voyage aux États-Unis. Le couple divorce deux ans après la naissance de Bruno et abandonne ce dernier ainsi que Michel à leurs grands-parents respectifs pour vivre dans une communauté hippie en Californie ; des analepses montrent que Michel et Bruno ont été victimes, dans leurs jeunes années, de négligences et d’un manque d’amour à la maison et de violences à l’école pour le dernier. Aucun des deux frères ne se remettra réellement de tels débuts dans la vie.


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Pieter Brueghel l'Ancien
Les mendiants (1568)

Enfant, Michel Djerzinski, fils de Marc Djerzinski, un réalisateur TV, amant de Jane à l’époque de la naissance de l’enfant, vit avec sa grand-mère dont la mort provoque chez lui un traumatisme violent qui lui interdira par la suite d’éprouver de vrais sentiments. Il ne ressentira jamais aucune empathie réelle envers ses semblables, hormis peut-être envers sa grand-mère, qui l’a élevé et qui symbolise à ses yeux une espèce en voie de disparition que Houellebecq décrit en ces termes : « De tels êtres humains, historiquement, ont existé. Des êtres humains qui travaillaient toute leur vie, et qui travaillaient dur, uniquement par dévouement et par amour ; qui donnaient littéralement leur vie aux autres dans un esprit de dévouement et d’amour ; qui n’avaient cependant nullement l’impression de se sacrifier ; qui n’envisageaient en réalité d’autre manière de vivre que de donner leur vie aux autres dans un esprit de dévouement et d’amour. En pratique, ces êtres humains étaient généralement des femmes. »

Michel connaît un amour d’adolescence, Annabelle, qui se détache de lui pour David Di Meola, le fils d’un des amants californiens de Janine, lequel se voit en rock-star et dérivera en adepte d’une secte satanique qui pratique le viol et le meurtre rituel. Dès lors, Michel mène une existence morne et répétitive entre son supermarché Monoprix et le laboratoire parisien du CNRS où il mène, avec un certain succès, des expériences de pointe sur le clonage des animaux ; les vaches qu’il a permis de produire en Irlande s’avèrent d’excellentes reproductrices. L’unique personne dont il ne soit pas éloigné par des années-lumière est son demi-frère Bruno, avec lequel il renoue alors qu’ils sont dans le même lycée à Dijon.

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La chute des anges rebelles (1562)

Michel quitte son labo après quinze années, sans donner d’autre explication à ses supérieurs que le besoin de temps « pour penser ». Il a peur de la vie et trouve refuge derrière un écran de certitudes positivistes et dans la relecture de l’autobiographie de Heisenberg. Célibataire et indépendant, Michel, qui a perdu sa virginité à trente ans, se sent incapable d’aimer et a peu de désir sexuel, contrairement à Bruno qui, à quarante-deux ans, est obsédé par le sexe.


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La tour de Babel (1563)

Durant ces années, Annabelle a vécu une vie sexuelle débridée et a subi deux avortements. Après leurs retrouvailles, Michel fait dans ses bras une expérience quasi mystique qui lui procure une vision de l’espace qu’il décrit « comme une ligne très fine qui séparait deux sphères. Dans la première sphère était l’être, et la séparation ; dans la seconde sphère était le non-être, et la disparition individuelle. Calmement, sans hésiter, il se retourna et se dirigea vers la seconde sphère ». La tentative d’Annabelle et de Michel pour rebâtir le paradis perdu des amours (platoniques) adolescentes est entravée par la froideur émotionnelle de Michel ; il ressent de la compassion pour elle, mais est incapable d’un véritable investissement amoureux.

Dans son enfance, Bruno a été victime de viols à répétition et d’humiliations quotidiennes dans son internat de Meaux. Adolescent, Bruno a l’habitude de se masturber secrètement alors qu’il est assis près d’une jolie (très) jeune fille dans le train qui le ramène de l’école. Parachuté dans l’appartement bohème de sa mère durant les vacances d’été, pâle et déjà trop gros pour ses dix-huit ans, il se sent embarrassé et mal à sa place en présence des amants hippies et bronzés de sa mère, et face à l’impatiente insistance de celle-ci à discuter de ses inhibitions sexuelles. La haine que nourrit Bruno pour Janine trouve son expression des années plus tard lorsqu’il lui crache des insultes à la figure alors qu’elle est couchée sur son lit de mort.


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Le pays de cocagne (1567)

Bruno devient professeur de littérature dans un lycée de Dijon tout en aspirant à devenir écrivain. Aux yeux de Michel, Bruno approche de la crise de la quarantaine : il s’est mis à porter un manteau de cuir et à parler comme un personnage de film à suspense de série B.

Au bord du divorce et avec un bébé prénommé Victor, dans une quête sexuelle sans espoir, il sort dans les night-clubs lorsqu’il est supposé surveiller son fils ; il est continuellement en quête de rencontres sexuelles très souvent désastreuses. À d’autres moments, il se connecte aux « messageries roses » avec son minitel (avec pour résultat une facture de téléphone de 14 000 francs qu’il cache à sa femme). Bruno est totalement immergé dans la vie, son désir le conduit à multiplier les expériences (mariage, lingerie, salon de massage, prostitution, minitel rose, échangisme, partouze, sex-shops, etc.).

Dangereusement attiré par ses élèves adolescentes, il provoque le petit ami noir de l’une d’entre elles au point de s’attirer des représailles et des railleries. En un moment de jalousie rageuse, il se lance dans un tract raciste envoyé à L’Infini, une revue publiée par Philippe Sollers.


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Les chasseurs dans la neige (1565)

Bruno rencontre Christiane lors d’un séjour au Lieu du Changement, camping post-soixante-huitard tendance new age. Comme Christiane, qui a cinquante-cinq ans, mère divorcée d’un garçon d’une dizaine d’années, il est venu là pour le sexe. Pour elle, les ravages de la génération de 68 sont évidents sur les femmes qui participent aux ateliers. Avec Christiane, Bruno retrouve un certain équilibre sentimental qu’il s’ingénie à détruire systématiquement. Christiane emmène Bruno dans un voyage de sexe en groupe avec des touristes allemands, le groupe s’adonnant à des orgies dans des boîtes à partouze parisiennes. Christiane, atteinte d’une maladie du dos, est frappée par une crise au milieu d’une séance d’orgie sexuelle et elle perd l’usage de ses jambes. Devant l’embarras de Bruno et sa compassion forcée à son retour de l’hôpital lorsqu’il lui propose de venir vivre avec lui pour qu’il puisse prendre soin d’elle, elle préfère se suicider plutôt que d’être dépendante.


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Les sept péchés capitaux (1558), la gourmandise

Alors que la frustration conduit Bruno aux portes de la folie et du suicide — il terminera ses jours dans un asile psychiatrique après avoir fait un premier séjour dans une clinique psychiatrique de l'Éducation nationale, à Verrières-le-Buisson, à la suite d’un incident au lycée de Meaux où il enseigne au cours duquel, seul dans une salle de classe avec l’une de ses jeunes élèves — Beurrette de surcroît, ce qui aggrave son cas auprès d’autorités ministérielles pétries de rectitude politique — qu’il désire, il se livre à un acte exhibitionniste qui est aussi un cri de détresse et de demande d’amour. Annabelle, atteinte d’un cancer, se suicide elle aussi après une hystérectomie qui la prive de son rêve fantasmé d’enfant et de vie « normale » auprès de Michel. Michel s’engage alors dans une réflexion solitaire qui entraînera une révolution scientifique comparable à l’œuvre d’Einstein : en dissociant radicalement la reproduction du plaisir, il permettra à l’humanité de connaître enfin la paix. Après sa démission du CNRS, on retrouve Michel dans un centre de recherche génétique à Galway en Irlande où il se consacre exclusivement à des recherches sur le clonage humain. Convaincu que la race humaine est condamnée par sa lutte insensée contre l’angoisse de la mort et par la contradiction entre vie moderne, d’une part, et la vie affective inhérente à la reproduction, d’autre part, il travaille à un projet de race génétiquement modifiée, immortelle et stérile — bien que non dénuée de personnalité ni de plaisir sexuel. Son travail théorique et pratique, couronné par la publication dans Nature de Prolégomènes à la réplication parfaite, poursuivi après sa disparition en 2009 par un jeune biochimiste nommé Frédéric Hubczejak — Michel disparaît sans laisser de traces… peut-être un suicide en mer là où finit l’Europe ? —, conduit à rien moins que la création, en 2029, d’une race génétiquement contrôlée et finalement à l’extinction de la race humaine; ce sont ces représentants de la nouvelle humanité qui, à la fin de l'ouvrage, rendent hommage à l'Homme qui les a créés.


Georges Braque, Le duo, 1937

Braque — Le duo (1937)


J’ai souvent insisté sur la difficulté à « faire théâtre » à partir d’une matière tierce, qu’elle soit romanesque, poétique, chorégraphique, ou tirée de l’actualité. À quelques remarquables et brillantes exceptions près, de telles tentatives s’avèrent souvent décevantes, voire frustrantes.


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Picasso — Buste de femme (1907)


La présente adaptation des Particules élémentaires, présentée lors du Festival d'Avignon à l’été 2013 puis lors de la récente édition 2014 du FTA à Montréal, n’échappe malheureusement pas à la règle. La pièce offre bien entendu quelques moments drolatiques, certains passages émouvants et même quelques occasions de réflexion, mais ces occurrences restent toutefois trop rares pendant près de quatre longues heures et, personnellement, j’avais plutôt hâte que la punition prenne fin.


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Picasso — Le peintre (1970)

Alors, qu’est-ce qui ne va pas dans cette adaptation ?

Eh bien, pour tout dire, pas grand-chose ne va ! Je ne m’appesantirai pas sur l’idée aussi sotte que grenue, et qui à mon sens ne fonctionne jamais, d’un sosie de Michel Houellebecq arpentant la scène, parka et cigarette au bec, et participant — on ne comprend jamais trop pourquoi il intervient à ce moment précis — épisodiquement au déroulement de la pièce ; tous les acteurs alternent d’ailleurs jeu direct et discours sur la pièce de façon peu lisible. Je n’insisterai pas non plus sur les problèmes techniques, en particulier de son, qui ont largement grevé l’expérience théâtrale que j’ai pu vivre ce jour-là en brouillant, au-delà du raisonnable, la perception auditive du spectateur déjà largement entravée par un certain nombre de hauts et de bas, les derniers malheureusement plus nombreux que les premiers, dans la qualité de la diction des jeunes acteurs, tous présents sur scène tout au long de la pièce — un concept, selon moi très rarement pertinent qui, dans l’esprit de la mise à bas du quatrième mur, tend à « déthéâtraliser » complètement la représentation jusqu’à la vider de tout contenu émotionnel et de toute capacité à nourrir la pensée réflexive, acteurs à qui je reconnais toutefois une énergie, une implication et une bonne volonté notables, et ce, bien qu’ils aient pour la plupart une fâcheuse tendance à surjouer et à confondre « s’investir à fond dans un rôle » et « gueuler sur scène ».


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Picasso — Le gourmet (1901)

Sur la forme, la scénographie, le travail sur la lumière et la musique, parfois totalement inappropriée, m’ont semblé ne pas réellement fonctionner, ni indépendamment ni de façon intégrée, et être incapables de susciter les émotions qu’ils cherchaient certainement à produire. L’utilisation de la vidéo — sur laquelle je me suis déjà exprimé plusieurs fois, par exemple ici ou  — n’apporte dans ce contexte rien de bien original et apparaît largement artificielle et superfétatoire.


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Braque — L'oiseau et son nid (1955)

S’il est vrai que la matière à laquelle Gosselin s’attaquait constituait un contenu particulièrement riche et qu’on ne saurait lui reprocher de n’en avoir fait qu’une lecture fragmentaire, il n’en demeure pas moins que son approche m’a paru non seulement partielle, mais également partiale ou tout au moins éloignée de l’esprit du roman houellebecquien, fortement emprunt d’ironie amère et désabusée, voire de cruauté  — dans la veine d’un Céline ou d’un Bukowski —, sans jamais tomber toutefois dans la farce (y compris dans ce qu’elle peut avoir de jouissif et de positif ; je suis, par ailleurs, grand amateur de farces et Rabelais comme Molière sont pour moi des idoles littéraires quasiment indépassables). J’en veux pour preuve l’hilarité irréfrénable qui, à ma grande consternation, a saisi la salle à l’occasion d’une séance de yoga à laquelle Bruno assiste lors de son séjour au Lieu du changement, un camping-secte new age. On est alors plus proche des Bronzés de Patrice Leconte avec les inoubliables et inénarrables Gérard JugnotJosiane Balasko et Michel Blanc que de Houellebecq...


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Braque — La guitare (1917)

Tant l’intention de la mise en scène que son incarnation m’ont semblé en permanence hésiter sur le chemin à suivre entre lecture légèrement théâtralisée, théâtre vidéo, spectacle musical, théâtre de réflexion et... joyeux bordel. Loin de moi l’idée de rejeter par principe le mélange des genres que j’apprécie au contraire à sa juste valeur, et ce, qu’il s’agisse de musique, de théâtre ou de toute autre forme d’art, mais qui, je crois, ne présente pas d’intérêt réel per se s’il ne produit pas des significations, des émotions ou des plaisirs supplémentaires qui n’auraient pas été contenus dans les éléments de départ. Or, ici, la mayonnaise ne prend pas et l’on est désorienté devant les choix effectués et rapidement lassé, plutôt que séduit et entraîné dans l’aventure. La confusion qui règne et les problèmes techniques et artistiques évoqués plus haut amènent le spectateur à rater, ici et là, une action ou un morceau de texte ; je plains, à cet égard, ceux qui n’ont pas encore lu le roman de Houellebecq ou ceux qui, bien que l’ayant lu, en ont plus ou moins oublié les détails. Il est assez paradoxal, mais selon moi parfaitement justifié, de signaler que, in fine, en dépit de tout ce que nous venons de dire, la mise en scène semble finalement assez atone et plutôt statique, hésitant en permanence entre l’eau chaude et l’eau froide et faisant paraître le temps bien long au spectateur ainsi ballotté d’une vision à une autre.


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Picasso — L'aubade (1942)


En résumé, si vous n’avez pas encore lu Houellebecq  — en particulier les Particules élémentaires, mais pas seulement : Extension du domaine de la lutte, Plateforme, La Possibilité d’une île et La Carte et le Territoire constituent autant d’incarnations remarquables de l’univers houellebecquien — il est urgent de le faire.

En revanche, l’adaptation du roman par Julien Gosselin m’a très largement laissé sur ma faim.


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Picasso — Femme assise sur la plage (1937)


Alors, selon vous, la libération sexuelle de 68 a-t-elle finalement été à l’origine d’une nouvelle forme de compétition entre les individus — la compétition pour la jouissance — et précipité — au côté de l’ultralibéralisme et du capitalisme sauvage (n’oublions pas que libéralisme et libertaire ont la même racine) — et produit (au moins en partie) la société de solitude, de dépression permanente et de culte de la performance où nous survivons tant bien que mal (du grain à moudre pour alimenter vos réflexions ici ou encore )?


J’attends avec impatience de lire vos commentaires et vos réponses.


À bientôt,


Michel


© Michel Translation 2011-2014