Chloé Sainte-Marie - Ce monde sans issue


Pleure un peu, pleure ta tête, ta tête de vie

Dans le feu des épées de vent dans tes cheveux

Parmi les éclats sourds de béton sur tes parois

Sur tes parois


Ta longue et bonne tête de la journée

Ta tête de pluie enseignante

Et pelures et callosités

Ta tête de mort ta tête de mort


Que je meure ici au cœur de la cible

Au cœur des hommes et des horaires

Que je meure ici au cœur de la cible

Au cœur des hommes


Et ne pouvant plus me réfugier en Solitude

Ni remuer la braise dans le bris du silence

Ni ouvrir la paupière ainsi

Qu’un départ d’oiseau dans la savane

Car il n’y a plus un seul endroit

De la chair de solitude qui ne soit meurtri

Même les mots que j’invente

Ont leur petite aigrette de chair bleuie


Que je meure ici au cœur de la cible

Au cœur des hommes et des horaires

Que je meure ici au cœur de la cible

Au cœur des hommes


Souvenirs, souvenirs, maison lente

Un cours d’eau me traverse

Je sais, c’est la Nord de mon enfance

Avec ses mains d’obscure tendresse

Qui voletaient sur mes épaules


Ses mains de latitudes de plénitude

Et mes vingt ans et quelques dérivent

Au gré des avenirs mortes, mes nuques

Dans le vide dans le vide


Que je meure ici au cœur de la cible

Au cœur des hommes et des horaires

Que je meure ici au cœur de la cible

Au cœur des hommes


Poème de Gaston Miron mis en musique par Gilles Bélanger ©

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