Edith Piaf - Les mômes de la cloche


D’un bout à l’autre de la semaine, 

Sur les boulevards, dans les faubourgs, 

On les voit traîner par centaines, 

Leurs guêtres sales et leurs amours 

Dans des chemises de dix jours,

Sous la lumière des réverbères, 

Prenant des airs de Pompadour, 

Ce sont nos belles ferronnières, 

Ce sont nos poupées, nos guignols, nos pantins. 

Écoutez dans la nuit, 

Elles chantent ce refrain : 


« C’est nous les mômes, les mômes de la cloche, 

Clochards qui s’en vont sans un rond en poche. 

C’est nous les paumées, les purées d’paumées 

Qui sommes aimées un soir n’importe où. 

Nous avons pourtant 

Cœur pas exigeant 

Mais personne n’en veut. 

Eh ben tant pis pour eux. 

Qu’è’qu’ça fout, 

On s’en fout ! 

Nul ne s’y accroche. 

Il n’y a pas d’amour 

Et l’on sera toujours 

Les mômes de la cloche ! »


Mais comme elles n’ont pas les toilettes 

Qu’il faut pour les quartiers rupins, 

C’est pas aux Galeries Lafayette 

Qu’elles vont faire chaque soir leur turbin. 

Le long du canal Saint-Martin, 

Au Sébasto, à la Chapelle, 

On est toujours assez gandin 

Pour le monsieur qui vous appelle. 

D’l’article populaire, c’est pas du beau joujou. 

Y a pas d’poupées en soie 

Aux bazars à trente sous.


C’est nous les mômes, les mômes de la cloche, 

Clochards qui s’en vont sans un rond en poche. 

C’est nous les paumées, les purées d’paumées 

Qui sommes aimées un soir n’importe où. 

Tout comme nos ribouis, 

Nous n’sommes pas vernies. 

Jamais l’on ira 

Sur la Riviera. 

Qu’è’qu’ça fout, 

On s’en fout ! 

Quand l’argent nous fauche, 

On va faire quatre jours 

Là-bas dans la Tour

Les mômes de la cloche !


Elles ont vendu toutes leurs caresses. 

Elles furent payées tant bien que mal, 

Puis un jour, plus rien dans la caisse, 

Vont se fiche dans l’canal 

Et sans avoir comme un cheval 

La pitié des gens de la rue, 

On les emmène à l’hôpital. 

La foule dit « ce n’est qu’une grue » 

Et voilà comment nos poupées, nos pantins, 

Lorsqu’elles n’ont plus le sou 

S’en vont toutes à Pantin. 


C’est nous les mômes, les mômes de la cloche, 

Clochards qui s’en vont sans amis, sans proches. 

C’est nous les paumées, les purées d’paumées 

Qui s’en vont dormir dans l’horrible trou. 

Derrière not’ convoi 

Jamais l’on ne voit 

Ni fleurs ni couronnes, 

Pas même une personne 

Qu’è’qu’ça fout, 

On s’en fout ! 

Quand la mort nous fauche, 

C’est not’ plus beau jour. 

Cloches, sonnez pour 

Les mômes de la cloche !…


Musique : Jacques et Jean Médinger

Paroles : Vincent Scotto et André Decaye ©

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